Échos de luttes de femmes dans le monde – N°2, avril 2026 : Les femmes Ukrainiennes face à la guerre

Exilées, bénévoles, militantes ou combattantes : en Ukraine, les femmes sont en première ligne de la guerre, souvent invisibilisées. Leur engagement, entre résistance et contraintes, révèle à la fois leur rôle essentiel et les inégalités persistantes qu’elles affrontent.

Par Catherine Bloch-London

Quand on évoque la guerre lancée par Poutine contre l’Ukraine en 2022, il s’agit de la guerre à grande échelle. Mais en réalité la guerre a éclaté dès 2014 avec l’annexion de la Crimée par les Russes puis, suite à des référendums locaux lancés par les forces séparatistes, avec la proclamation de l’indépendance d’une partie du Donbass (oblasts de Louhansk et de Donetsk).

S’en sont suivis d’intenses combats débouchant sur les accords de Minsk (septembre 2014 et février 2015). Mais les combats ont rapidement repris dans le Donbass : avant l’invasion à grande échelle, le 24 février 2022, on comptait déjà 13 000 morts et près de 2 millions de réfugiés, essentiellement des déplacés vers des régions d’Ukraine moins exposées.

Dès février 2014, les femmes ont été confrontées au départ des hommes à l’armée. L’âge de la conscription obligatoire, fixée de 27 à 60 ans au début de la guerre à grande échelle, est passé de 25 à 60 ans face à la prolongation de la guerre. Elle ne concerne alors que les hommes.

Dans les régions les plus touchées par la guerre, de nombreuses femmes sont parties avec leurs enfants et parfois leurs ainé·es (sur les 7 millions de déplacé·es dès avril 2022, 9 sur 10 étaient des femmes et des enfants) et se sont retrouvées dans des villes alors moins touchées, accueillies dans des écoles et autres abris organisés par les mairies, mais aussi dans des refuges mis en place par des femmes bénévoles ou appartenant à des organisations féministes comme  Bilikis et l’Atelier Féministe.

Document n°1, Pourquoi nous fermons notre centre d’accueil pour femmes déplacées à Lviv

Quant aux bénévoles, on peut prendre l’exemple du « Bataillon Babusia » une association fondée à Kriviy Rih, ville ouvrière, à la suite de l’invasion russe à grande échelle. « C’est une initiative de base constituée d’une vingtaine de femmes, principalement retraitées. Anciennes ouvrières, travailleuses de l’éducation, réfugiées de Kherson et de Donetsk, elles préparent des repas pour les militaires qu’elles livrent ensuite dans les tranchées, et tiennent un local de distribution de vêtements pour les réfugié.e.s. L’association subsiste grâce à la solidarité locale de quartier, qu’elle contribue à son tour à renforcer, et grâce aux petits moyens des membres de l’organisation ».

Daria Saburova dans son ouvrage1 a enquêté auprès de bénévoles de cette ville et montré l’importance que revêt le bénévolat dans l’espace public en période de guerre, prenant souvent la place de l’État défaillant. Elle met l’accent sur l’ambiguïté de ce travail de résistance, montrant que « leur activité bénévole est à la fois un espace de lutte contre l’oppression et une forme d’intensification de l’exploitation, une affirmation d’autonomie et un renforcement de la dépendance »

Document n°2, Bouvard, Politis, Interview de Daria Saburova

Parallèlement des organisations féministes (notamment Bilikis et l’Atelier Féministe) se sont développées. Cette dernière revendique « être la voix des femmes dont la liberté et la vie ont été opprimées par la machine patriarcale russe », impulsant le lancement d’une pétition appelant à faire du 8 décembre la journée du féminisme.  Avec Blikis elle se bat sur d’autres fronts : participation aux manifestations victorieuses contre les menaces pesant sur l’indépendance des agences anti-corruption, lutte contre la restriction de l’avortement, organisation de manifestations le 8 mars

Document n°3, La Russie a effacé l’histoire du féminisme ukrainien

Dès la guerre du Donbass, des femmes ont cherché à rejoindre l’armée et n’ont pas eu d’autres possibilités que de servir dans des bataillons de volontaires. Ce n’est qu’à partir de 2018 qu’elles ont pu être incorporées dans l‘armée et occuper des postes de combat. Selon le Ministère de la Défense, en mars 2025, 70 000 femmes servaient dans l’armée, dont 5 500 en première ligne. Mais rien n’a été pris en compte pour que l’armée s’adapte aux besoins des femmes (taille des uniformes et des chaussures, santé, etc…). Par ailleurs, elles se sont retrouvées confrontées à des remarques sexistes et souvent à des violences sexistes et sexuelles

Document n°4, N’y a-t-il pas de genre dans l’armée ukrainienne ?

Le 8 mars 2022, un mois après l’invasion à grande échelle, 3000 femmes défilaient à Kyiv. Depuis, cette marche s’est renouvelée tous les ans. En 2022, la principale revendication concernait l’opposition à la refonte du code civil, en particulier à la possibilité accordée aux jeunes filles, dès 14 ans en cas de grossesse ou d’accouchement, de se marier. Suite aux mobilisations, elles ont gagné : cette clause a été retirée.  En revanche des restrictions concernant le mariage et le divorce entre personnes du même sexe ont été votées.

Par ailleurs, suite à une pétition de Veteranka, principale organisation des femmes vétéranes, une loi a été adoptée le 25 février 2026, renforçant les mécanismes de lutte contre la discrimination et le harcèlement sexuel dans l’armée

Document n°5, En temps de guerre pour revendiquer des droits que l’État est en train de réécrire discrètement


  1. Daria Saburova, Travailleuses de la résistance. Les classes populaires ukrainiennes face à la guerre, Éditions du Croquant, 2024 ↩︎

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