Le texte qui suit est une retranscription simplifiée de la soirée organisée par Genre et Altermondialisme, le 11 juin 2025, avec Pierre Dardot.
Thérèse VILLAME, animatrice de la soirée :
Pierre, vous êtes philosophe, vous êtes enseignant retraité également en classe préparatoire, en lycée et à l’université Paris 10, vous avez écrit de nombreux ouvrages (vous avez beaucoup écrit avec Jean-Christian Laval, sociologue), vous vous intéressez principalement au néolibéralisme ; vous avez beaucoup travaillé aussi sur les communs. Je voulais citer votre livre de 2021, parce que je trouve le titre intéressant : Le choix de la guerre civile, une autre histoire du néolibéralisme.
Pierre Dardot, Haud Gueguen, Christian Laval, Pierre Sauvetre, Le choix de la guerre civile, Lux, 2021
Le terme est fort : cela souligne comment ces politiques néolibérales, finalement, déclarent la guerre aux citoyens et aux citoyennes. Et puis, vous êtes aussi un bon connaisseur de l’Argentine et du Chili. Vous en avez suivi les mouvements ces dernières années, les luttes, vous y allez régulièrement, c’est là-dessus, que vous allez centrer votre intervention.
Pierre DARDOT, intervenant :
Des ouvrages de référence
Merci de la présentation. J’en profite pour commencer à indiquer justement quelques ouvrages qui me paraissent utiles :
1/ Vivantes, des Femmes qui luttent en Amérique latine, Sous la direction d’Elina Fronty, Editions Dehors 2023.
Un ouvrage qui présente d’un certain nombre de textes, collectés par Elina Fronty, émanant de féministes de pays d’Amérique latine très divers. C’est une très bonne introduction. Ce sont des textes qui sont assez courts, en général cinq pages.
2/ Moira Millán, Terricide, éditions des Femmes, mai 2025
Il vient d’être traduit en français. Il est centré sur la sagesse ancestrale pour un monde alternatif.
3/ Pierre Dardot, La mémoire du futur, Lux, 2023.
Un ouvrage que j’ai écrit seul à propos du Chili, consacré justement la séquence dont je reparlerai tout à l’heure. La mémoire du futur, c’est une expression que j’ai empruntée, de façon explicite bien sûr, aux féministes chiliennes. Elle indique qu’elles ne cherchent pas à reproduire une expérience passée, mais à définir la place qui est la leur dans le présent, à partir de la place qu’elles voudraient occuper dans le futur. Vous voyez, que c’est une manière de définir sa position qui est quand même assez originale.
4/ Veronica Gago, La puissance féministe, éditions Divergences, 2021.
Veronica Gago est une féministe argentine qui est très importante, et aujourd’hui très connue. C’est un peu dommage, c’est un ouvrage qui est très fort dans sa version originale espagnole, mais malheureusement pas très bien traduit en français (à partir de l’anglais).
Les dates clés
Donc je vais présenter cette problématisation des mouvements féministes en Amérique latine. Pas toute l’Amérique latine, celle que je connais : son cône Sud. Il y a deux pays qui se distinguent : le premier chronologiquement, c’est l’Argentine. Et puis le second, c’est le Chili.
Indubitablement, c’est l’Argentine qui ouvre la voie, voici quelques dates-clés :
Le 3 juin 2015, une première marche a lieu autour d’un slogan « ni una menos », c’est-à-dire en français « pas une de moins ». Parce que vous avez à ce moment-là une multiplication des féminicides. Les féministes décident donc de prendre l’initiative d’une première marche qui reprend ce slogan. Et puis, une grève des femmes se met en place, le 10 octobre 2016. Elle est assez importante.
Les premières mobilisations transnationales se produisent à partir, du 8 mars 2017.
On a donc un élargissement assez significatif : entre 2015 et 2016, les mobilisations restent cantonnées à l’Argentine, c’est ce pays qui prend l’initiative. Mais, à partir du 8 mars 2017, les mobilisations qui acquièrent un caractère transnational.
Ce qu’il se passe alors, c’est une répercussion assez directe de ce mouvement féministe au Chili, au pays voisin. La frontière des Andes est imposante sur le plan géographique, c’est aussi une frontière étatique, mais ce n’est pas une frontière politique : il y a eu sans arrêt des échanges, et notamment en ce qui concerne le mouvement féministe. Une sorte d’influence globale réciproque, entre Argentins et Chiliens. J’y reviendrai.
Le plus important me paraît être justement cette façon dont, en Argentine, apparait une sorte de point culminant, en 2020. De 2015 à 2020, le mouvement est ascendant. D’ailleurs, en 2018, il y a une première tentative pour faire adopter, par les deux Chambres, une loi légalisant l’avortement.
Cette première tentative échoue, mais finit par aboutir en 2020. Donc de 2015 à 2020, ce mouvement est très fort en Argentine, et il va aboutir, positivement, avec l’adoption d’une loi de légalisation de l’avortement. C’est ainsi le premier pays d’Amérique latine à ouvrir cette voie. C’est un point absolument central.
Je reviendrai ultérieurement à ce qui se passe en Argentine après 2020, puisqu’il y a alors, comme dans tous les pays, la pandémie, avec des restrictions particulièrement dures en Argentine, plus que ce que nous avons connu en France, une interdiction de sortir très stricte et sur une durée de huit mois et demi je crois. Dans une ville comme Buenos Aires, vous imaginez, avec des gens qui ont 18-25 ans, ça a vraiment été éprouvant.
Passons maintenant au pays que je connais davantage, pour y avoir été beaucoup plus qu’en Argentine, le Chili. Il y a eu un mouvement très important, une véritable « explosion sociale » : c’est le terme qui est retenu en espagnol. Ce mouvement débute le 18 octobre 2019, et ne va cesser de croître et de gagner en importance et en extension. Les manifestations sont sans aucun doute parmi les plus grandes qu’ait connues le Chili contemporain depuis la chute de la dictature de Pinochet, depuis 1989-1990.
C’est un mouvement très fort, qui commence par le fait que des lycéens envahissent les stations métro, en refusant de payer les quelques pesos d’augmentation du ticket. C’est une occasion un peu contingente, mais c’est comme ça que ça débute, avec une tentative de la part de Sebastián Piñera, qui est le président néolibéral du Chili, de faire peur, en envoyant des blindés dans les rues.
Cela réveille évidemment des souvenirs assez douloureux, comme on peut imaginer aisément, pour les gens qui ont 60 ans et plus. Mais les jeunes, qui ont entre 15 et 25 ans, et qui participent à ces manifestations, ne sont absolument pas impressionnés et le mouvement continue.
J’étais là-bas à ce moment-là, début novembre, avec mon épouse, on a participé aux grandes manifestations, notamment celle du 8 novembre, et on a été extrêmement impressionnés par la force de ce mouvement, l’Estallido social, comme on appelle ce mouvement au Chili.
Je laisse de côté un certain nombre de choses qui ont leur importance mais, le 25 octobre 2020, donc plusieurs mois après, s’ouvre le premier processus constituant, qu’on appelle le plébiscite d’entrée. Une question très simple est posée aux Chiliens : « Est ce que vous êtes pour le changement de la Constitution » [qui date de l’époque de Pinochet] ; ils répondent OUI à plus de 80 %.
On leur demande également : « Est ce que vous êtes pour une Convention qui serai,t pour 50 % des sièges, réservée aux membres du Congrès ou des parlementaires, ou est-ce que vous êtes pour une Convention constitutionnelle, qui soit absolument ouverte à tout le monde et fondée sur l’élection au suffrage universel direct des délégués ? »
Et c’est la deuxième réponse qui l’emporte très nettement.
Donc, le 25 octobre 2020 est une date très marquante. Deuxième période qui me paraît importante, c’est celle de l’ouverture de la Convention constitutionnelle, début juin 2021. Elle va travailler pendant un an (elle n’a pas le droit de siéger au-delà) et remet le fruit de son travail en juin 2022.
C’est un document connu sous le nom de « Projet de Constitution pour la République du Chili », qui va faire l’objet d’un second plébiscite, le 4 septembre 2022, qu’on appelle au Chili le « plébiscite de sortie » (processus traditionnel au Chili, avec plébiscite d’entrée – ici le 25 octobre 2020 – et plébiscite de sortie – ici le 4 septembre 2022).
Et là, cruelle déception, puisque le projet de nouvelle Constitution est rejeté ! Par environ 62 % des gens qui ont voté : c’est donc un échec extrêmement net, sur lequel je pourrais revenir ; il y a un certain nombre de choses qui sont à prendre en compte dans cet échec.
A ce moment-là, c’est important à souligner, il n’y a pas de fermeture totale de tout processus constituant, mais un second processus constituant qui va s’ouvrir, début 2023, et qui prendra fin le 17 décembre 2023, date de sa clôture.
C’est un processus entièrement différent du premier, dans lequel les mouvements de citoyens et les mouvements sociaux ne vont pas jouer un rôle prépondérant. Il sera complètement cadenassé et confisqué par la bureaucratie parlementaire. Or, dans le Congrès, il faut savoir que la majorité est constituée de membres de droite et d’extrême droite : vous avez, « Chile vamos » [alliance politique chilienne de centre-droit, fondé et dirigée par Sebastián Piñera], le parti républicain, qui est le parti de José Antonio Kast, un pinochettiste déclaré et des nostalgiques des « belles années » de la dictature.
A ce moment-là, fort heureusement, le référendum du plébiscite de sortie de ce second processus constituant échoue également, conduisant au rejet de ce nouveau projet de Constitution, qui était, à certains égards, pire que la constitution de Pinochet.
Par exemple, la constitution de Pinochet laissait place à une reconnaissance des traités internationaux sur les droits humains. Le projet qui était prévu par la droite et l’extrême droite, et qui a été rejeté massivement en 2023, excluait tout ça, au nom d’un principe de suprématie constitutionnelle.
Et puis, en ce qui concerne le féminisme, il y avait quelque chose de plus grave, c’était la volonté d’interdire, purement et simplement, l’avortement.
Ce rapide panorama pour indiquer tout ce qui se passe en l’espace de quelques mois, à un rythme assez fiévreux, et assez important à comprendre au regard de l’histoire chilienne. Après ces deux processus constituants en l’espace de trois ans, vous avez sorte de clôture de ces processus, ce qui est quelque chose d’assez remarquable et important à noter.
L’implication du mouvement féministe
Maintenant, si je considère la participation du mouvement féministe proprement dite, je dirais qu’il y a eu quelque chose d’assez puissant. Le mouvement féministe chilien, dans le cadre des mobilisations sociales qui s’ouvrent à partir du 18 octobre 2019, est sans doute l’un des plus puissants, sinon LE mouvement le plus puissant.
En 2018, environ 400000 personnes participent aux manifestations ; en 2019, c’est 2 millions, ce qui est quand même peu courant. Elles vont entrainer, bien sûr, dans leur sillage, beaucoup d’autres mouvements. Notamment celui des Mapuches [littéralement « Peuple de la Terre », peuplant essentiellement l’Araucanie], le mouvement de ceux qui ont été victimes de la colonisation. Pas simplement de la colonisation de l’état espagnol, mais aussi de celle qui a été accomplie par le jeune état chilien ; il faut ici souligner les responsabilités, comme, en Argentine, d’ailleurs, de ces états dans les massacres, le génocide. Les Mapuches qui vivaient en Argentine et au Chili, ont été les premières victimes de ces massacres et de ces campagnes d’extermination.
Le mouvement féministe, le mouvement des Mapuches et le mouvement étudiant, ont tout trois eu une importance considérable.
Ils se sont développés les uns à partir des autres, sous l’influence les uns des autres, c’est difficile de les isoler, même si on peut considérer que le mouvement féministe est celui, sans doute, qui draine dans son sillage une masse énorme de citoyens et de citoyennes.
En 2011, le mouvement étudiant, d’où le président actuel Gabriel Boric est issu, est aussi très massif. Ces trois mouvements-là vont se fondre dans l’explosion sociale qui éclate le 18 octobre 2019.
La situation actuelle est évidemment difficile et très différente, on pourrait y revenir dans la discussion, puisque la situation est relativement bloquée, dans une sorte d’impasse.
De manière générale, l’agenda des partis politiques, est complètement redéfini à partir de l’exigence de sécurité, les partis d’extrême droite étant les premiers, bien sûr, à dire que l’insécurité est causée par le trafic de drogue, entraîné par l’immigration vénézuélienne au nord. Quelque chose d’assez classique, qu’on connaît sous d’autres latitudes…
Mais c’est quelque chose d’assez important, parce que vous avez un déplacement du centre de gravité politique dans l’agenda des partis politiques, et ça compte beaucoup.
Les féministes dans cette situation, vont tâcher de redéfinir un peu leurs positions. Souvent, c’est une position qui sera redéfini à partir des décisions prises par le gouvernement, selon que le gouvernement acceptera ou non, d’inscrire, d’élaborer un projet de loi pour le soumettre au Parlement. Les mouvements féministes vont être amenés à adopter telle ou telle position à l’égard du gouvernement.
Ce que je veux dire par là, c’est que, à partir de ce moment-là, le mouvement féministe est assez fragmenté. Ce n’est pas uniquement le fait que vous ayez des responsables du mouvement féministe qui prennent fait et cause pour le gouvernement de Boric et le fait que vous ayez des composantes du mouvement féministe qui adoptent des positions à l’égard du gouvernement en fonction des projets de loi décidés par ce même gouvernement.
Donc, si par exemple, vous avez une partie du mouvement féministe qui est axée sur l’éducation sexuelle intégrale. Comme le gouvernement Boric n’a pas tellement pris position et surtout, n’a pas adopté de projet de loi relativement à cette question-là, ce segment du mouvement féministe adopte une position plutôt critique. Et à l’inverse, il y a d’autres points sur lesquels il y a des projets de loi qui sont soumis par le gouvernement de Boric et où là, c’est accueilli assez favorablement. Mais encore une fois, par certaines composantes du mouvement féministe. J’insiste sur le fait qu’il y a une vraiment une fragmentation de ce mouvement.
Maintenant, je reviens exprès, et je termine, à l’Argentine, en repartant de la situation décrite tout à l’heure, telle qu’elle se présente en 2020.
En 2020, vous avez donc la sortie de la pandémie. Et il faut indiquer que c’est pendant la pandémie que Javier Milei, l’actuel président de l’Argentine, commence sa percée.
Il commence à percer parce qu’il fait partie de ces gens qui animent des émissions à la télévision, qui sont assez vus. Il gagne en popularité. Il a un langage extrêmement provocateur, ce qui fait qui qu’’il n’est pas pris au sérieux dans un premier temps, mais ça, c’est une histoire assez classique. Les gens l’appellent souvent El loco, c’est à dire le fou, c’est très classique ça aussi.
Et puis, à partir de 2020, au moment même où il y a l’adoption de la législation, la première législation en Amérique latine, sur le droit à l’avortement, vous avez un début de réaction qui se développe, sous une forme de plus en plus agressive.
Sans refaire toute l’histoire, l’Argentine a connu des gouvernements néolibéraux extrêmement radicaux, dont celui de Mauricio Macri, dont celui de Carlos Menem. C’est une tradition. A cet égard, le gouvernement de Javier Milei n’est pas le premier à mener ce genre de politique, mais on peut dire qu’il va beaucoup plus loin que les autres.
Il se radicalise, la radicalisation se fait justement dans le sens de ce que l’on peut appeler une radicalisation à l’extrême droite, c’est-à-dire qui développe des logiques que je n’hésiterais pas pour ma part à qualifier de néofasciste. Ce n’est pas le fascisme bien évidemment, de Mussolini dans les années 20 et 30, mais c’est une forme très agressive, qui se manifeste notamment dans les attaques systématiques contre les mouvements féministes. C’est une partie importante.
Il y a le problème du péronisme, qui est un problème tout à fait particulier à l’Argentine. On vient de voir d’ailleurs que la Cour suprême, aux ordres de Milei, avait décidé d’interdire à Cristina Kirchner de se présenter aux prochaines élections présidentielles. Bon, tout ça, ça fait partie d’un scénario bien ficelé.
Mais ce qui est important pour nous qui réfléchissons sur le mouvement féministe, c’est qu’à partir de 2020, 2021, il y a un déplacement à droite qui se manifeste par des attaques de plus en plus violentes.
En ce qui concerne Javier Milei, est donc d’abord élu en août 2023, il est élu aux primaires de la droite, en première position. Ensuite, il est amené à se présenter aux élections présidentielles et il arrive en première position au premier tour des élections présidentielles. Puis il y a un accord, un désistement de Macri en sa faveur, qui fait que Javier Mile est élu ensuite Président de la République Argentine.
Mais il faut bien indiquer que, en dépit des étiquettes que ce monsieur s’octroie, ça n’est pas un anarcho-capitaliste, ce n’est pas un libertarien, encore moins un libertaire (alors là, libertaire, c’est une usurpation absolument inadmissible et intolérable). C’est quelqu’un qui est plutôt, dans ses principaux axes politiques quelqu’un qui est un néolibéral, radical.
Un anarcho-capitaliste, je rappelle que c’est quelqu’un qui est partisan de l’abolition de l’Etat et de la dissolution de l’état dans le marché. Or, la politique qui est celle de Milei depuis son élection montre que ce n’est absolument pas son objectif. Il est libertarien si on veut, mais en un sens négatif. Parce qu’il veut à tout prix utiliser toute la puissance concentrée de l’Etat, notamment répressive, mais pas seulement, pour la tourner contre les institutions de l’état social.
Plus exactement, ce n’est pas contre l’état, c’est pour utiliser l’état comme levier de manière à démanteler toutes les institutions de l’état social, notamment en matière de droit aux retraites, de droit à la sécurité sociale, etc. Et là, il n’hésite pas à aller très loin dans les formes les plus répressives.
Il y a eu récemment, c’était juste avant que j’aille en Argentine, des manifestations de jubiladores, c’est à dire de retraités, qui ont été réprimées dans le sang. On a vu des visages de retraités ensanglantés à la suite de ces manifestations-là.
Il faut comprendre que c’est quelqu’un qui agit de façon méthodique. Il ne se passe pas un jour sans qu’il n’y ait une mesure provocatrice de remise en cause de telle ou telle mesure sociale, de telle ou telle disposition sociale. C’est ça qui le centre de gravité.
Ce n’est pas par pure provocation. Il a proposé au parti Trotskiste, entre le premier et le deuxième tour des présidentielles, de prendre la direction du ministère du Capital humain. Je fais exprès de m’arrêter à cette dénomination : le ministère du Capital humain. C’est extraordinaire. C’est pas du tout libertarien d’ailleurs, mais c’est pleinement néolibéral.
Et le ministère du Capital humain, c’est ce qu’il met en oeuvre d’un certain point de vue, c’est-à-dire qu’il veut transformer toutes les relations sociales de telle manière que chacun se considère comme un capital humain à faire fructifier. D’où les relations de concurrence acharnée avec les autres individus, d’où le développement d’un individualisme, qui est un individualisme de la cruauté.
On a appelé l’état de Milei, l’état de la cruauté. Pas parce qu’il est en lui-même cruel, il ne crée pas la cruauté, mais il l’entretient et la fortifie.
Et donc aujourd’hui, vous avez une situation où le mouvement féministe, comme les autres doit faire face à des attaques terroristes, de types fascistes, il faut quand même le dire, qui remettent en cause des droits fondamentaux.
Et des attaques nominales. Attention, faut que les gens comprennent bien. Il y a le fait que, dans les bus ou dans les transports publics, des gens qui sont reconnus ou identifiés comme LGBT ou comme féministes, etc. sont attaqués. Mais ce n’est pas uniquement ça. Par exemple, quand j’étais là-bas, le journaliste qui m’a interviewé pour le grand périodique s’appelle Perfil, s’est fait traiter de tous les noms, par Milei précisément, parce que depuis le début, il refusait de s’incliner devant les politiques de Milei. Et il est traité de tous les noms, il est insulté, nominativement.
Il faut imaginer donc les insultes contre les journalistes, les attaques nominales contre les féministes, les blocages, le fait de rendre impossible l’exercice du droit de manifestation. Tout ça, ça fait partie du quotidien des Argentins.
Le débat suivant cette intervention n’est pas retranscrit ici.

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